Une mythologie

De San.

Une mythologie

L’œil fixe Les pieds plats
Quelque chose
Qui ne tourne pas rond
La mâchoire carrée Le visage osseux
Les yeux plissés La ride sur la joue
Pliée tant elle est creuse
Les yeux bleu acier du tueur
Derrière les lunettes dissimulés
Le tueur fait peur
A voir
Il massacre en série
De façon industrielle
En gros A la chaîne
Ou au détail
Il accomplit sa tâche avec froideur
En bon professionnel
Le tueur est froid mais n’y prend
Pas moins plaisir
A la tâche A la tache
Son beau costume
Est sali Mais tant pis
Il aime son métier
C’est le sien Sa vocation
On en a peur Il le sait
Il ne voudrait pas qu’on l’aime
Il aime juste cette peur qu’il lit
Dans les yeux terrifiés des familles
Dans les yeux démesurés
Les yeux démesurément écarquillés
De ses victimes Des familles
Qu’il s’apprête à découper
En tranches
Il est fort quand il les entend
Crier Supplier Pleurer Se lamenter
Implorer
Le tueur en série jouit de voir
Ses victimes futures se trémousser
Faire sur elles Pisser sur elles
Geindre Et l’implorer S’humilier
Se rabaisser Se diminuer Disparaître
Il n’a jamais
Existé
Autrement
Il n’a jamais su
Faire autrement
Pour se faire bien voir
Le tueur en série
N’existe pas autrement
Que par la terreur
Qu’il inspire dans
La tête de ses victimes
L’esprit de ceux qui croient
Etre un jour Pouvoir
Devenir Qui croient
Qu’elles pourraient
Devenir
Etre
Ses malheureuses victimes
Ses victimes suppliantes
Avant que d’être hachées
Mutilées Découpées Réduites
Défigurées Recousues Démembrées
Saccagées Laminées Violées Torturées
[C’est dur]
Il jouit de la peur
Raisonnée Circonstanciée
Fantasmée Improbable
Qu’il suscite
Il jouit de son tout
Petit pouvoir
Le seul qui puisse à Dieu
L’égaler
Nietzsche au petit pied
Bourreau de petites
Victimes Qui ne connaissent
Pas le mal
Autrement


Sylvain Bonnafoux - mars 2008