Théâtre du Vieux-Colombier, 1947

Un article de SAN.

Théâtre du Vieux-Colombier, 1947

Echappé de l’asile
Ingénieux batailleur
Il te faut quatre murs
Pour trouver ton espace
Cultiver tes assauts
A l’air pur des idées
Eblouir quelques feuilles
Barbouillées de ton nom
Crier je suis Artaud


La maladie, dis-tu
N’est qu’une invention
Des médecins, de tous
Ces camelots de l’âme
Décorés d’une blouse
Et dont l’humeur, l’écoute
Le regard sourcilleux,
Soucieux de comprendre
Calquent ceux des gendarmes


C’est qu’entre quatre murs
Mon Artaud le Momo
Enragé de la vieille
Avait pris son envol
Insoucieux de la forme
Il s’était fait sorcier
Sur le papier jetant
Plus qu’un sort un défi
A toute société


Nul ne s’était ému
Injurieux asocial
Antonin couronné
S’était monté d’un cran
Et griffant et bavant
Avait blâmé tous ceux
Ses amis, quelques pairs
Qui l’avaient encensé
On regardait ailleurs


Le rideau est tombé
Antonin sur le sol
Ramasse quelques feuilles
Et les froissant les fourre
Dans les poches bourrées
De son vieux pardessus
Les fidèles l’entourent
Et lui prenant le bras
Le font bientôt rentrer


Antonin Artaud est mort un an plus tard, en 1948. Il avait cinquante et un ans.


Sylvain Bonnafoux - 24 janvier 2007