Le prix du générique

Un article de SAN.

Le prix du générique

Une femme est un homme
Comme les autres, sans
Une paire de couilles
Une femme est un homme
Qui n’a pas de moustache
Même un bouc, une mouche
Et surtout pas de barbe
Une femme est un homme
Qui n’a que peu de poils
Et l’on ne sait pas où

Un homme est une femme
Comme les autres, sans
Une paire de seins
Un homme est une femme
Qui n’a pas plus de hanches
Dont les reins ne chutent pas
Sur un cul rebondi
Un homme est une femme
Qui a peu de rondeurs
Et l’on ne sait pas où

La femme est donc un homme
Comme les autres, a
Ses humeurs et ses courbes
La femme est donc un homme
Qui peut en faire d’autres
Les porter, leur donner
La tétée, un baiser
La femme est donc un homme
Qui ne pense qu’aux autres
Et ne vit que par eux

L’homme est donc une femme
Comme les autres, a
Son hormone et ses muscles
L’homme est donc une femme
Qui protège les autres
Les fait vivre ou les tue
De ses bras si puissants
L’homme est donc une femme
Qui ne pense qu’aux autres
Et ne vit que contre eux

La femme est douce et bonne
Attentive, attendant
Son homme et ses enfants
Sur le pas de la porte
Aussi belle que prude
L’homme est bon travailleur
Si fier de son outil
Que crevé chaque soir
En rentrant du boulot
Il réclame sa pipe

La femme parle trop
Et porte la culotte
Plus bas-bleu en tailleur
De cadre qu’assistante
Elle fume et boit trop
L’homme, lui, rêve trop
Le nez dans ses bouquins
Se fait entretenir
Mener à la baguette
Il ne tient pas l’alcool

La femme est délicate
Et voudrait qu’il attende
Mais l’homme forcené
La presse de s’étendre
La femme est plus sensible
Aux mots, mais l’homme sourd
A son regard humide
Veut l’entendre crier
La femme se dévoue
Et l’homme en prend sa part

La femme est exclusive
Et l’homme a des besoins
La femme est hystérique
Et l’homme irresponsable
La femme est ordonnée
Et l’homme bordélique
La femme est comme ci
Et l’homme comme ça
Mon dictionnaire est plein
De mots frappés d’un genre

La femme est comme ça
Dépensière et mature
Et l’homme comme ci
Econome et gamin
C’est le jour et la nuit
L’alpha et l’oméga
Les rôles sont écrits
Dits et redits, niés
Ou répétés sans cesse
Distribués, toujours

Il arrive que l’air
Du temps ou d’un pays
Les colore autrement
Certains privés du fer
Qui les tenait et leur
Donnait science et pouvoir
A défaut de puissance
Certains s’effraient, paniquent
Vivant dans le regret
Nous disent c’est fini

Un avorton rebelle
Et plus freudien que Freud
Tout confit de symboles
Agite son bâton
Merdeux pour toute plume
Revendiquant l’audace
Posant à la victime
De la pensée unique
Il imite le style
Promet la décadence

Moi, j’attends les pédés
Les sados, les masos
Les trans, les travelos
Les malades en o
Et puis les fétichistes
Et puis les échangistes
Et ceux qui ne font rien
Tous ces gens pas normaux
Ceux qui partagent tout
Même leur étiquette

Ils doivent tout cacher
Ils sont donc si comiques
Qu’on en parle en riant ?
Ils seraient donc si peu
Qu’on les compte pour rien ?
Ils sont donc si nombreux
Qu’il faut en avoir peur ?
La société, faut croire
D’un coup peut s’effondrer
D’un simple coup de bite

Et pourquoi pas ?

Sylvain Bonnafoux, du 04 au 07/04/07