Etre ou ne pas être

Un article de SAN.

Etre ou ne pas être


On peut bien se flinguer
Ou céder au poison
Se prêter à la mort
Comme au jeu le plus bête
On peut s’en étourdir
Comme du vin le plus frais
Admettons que la mort
Ses outils, sa franchise
Et sa grande bonté
Admettons que la mort
En toute majesté
Me soit d’un grand secours


La vie dans un « Bonjour ! »
M’avait montré sa face
Un visage rieur
Et des yeux pétillants
La vie sous un faux jour
Me fit tant de promesses


Et je l’avais saisie
Pour ne plus m’en défaire
Je l’avais embrassée
La gardant pour moi seul
Pelotée, câlinée
Pétrie de violence
Que m’a-t-elle donnée ?
La garce est moins fidèle
Que bavarde ou brillante
Imbus de ses principes
Et ronflant dans sa chaire
Elle ne sut rien tenir


Admettons, la Camarde
Que tu me sois plus douce
Et plus rafraîchissante
Admettons que ta faux
Ma vieille et bonne Camarde
Soit plus reconnaissante


On t’a voulue parée
Des plus grandes vertues
« Aux uns portant la paix,
aux autres le souci »
On te dit équitable
Et n’épargnant personne
Qui me dit que tes pleurs
Ton néant, ce sommeil
Si cher aux âmes faibles
Qui me dit que tes fleurs
Pour embaumer de loin
Ne sont pas moins trompeuses ?


Tu es femme, après tout
Embellie d’inconnu
Et j’en sais moins sur toi
Que sur la vie, si laide
Et troublante, maquillée
Des plus beaux racontars


Sur toi comme sur la garce
On m’en aura tant dit
On m’aura tant montré
D’icônes et de rocailles
Que je peux bien avouer
La plus grande méfiance
Ne m’en veux pas, ma douce
Si, lâche et encore faible
Je me préfère cocu
Ne m’en veux pas, la vie
Si crasse et familière
Ne peut plus m’abuser


Ne m’en veux pas, la vie
Si rosse et thénardière
Ne peut plus me décevoir
Ne m’en veux pas

Sylvain Bonnafoux - 2000