Déstockage massif et définitif

Un article de SAN.

Déstockage massif et définitif


Tous Saints mix


Les falaises de craie
Les carrières de sable
Les allées de gravier
Le sol nappé de goudron fumant

Les murs à la chaux
Les poutres de bois
Les tommettes brillantes de javel
La fenêtre ouverte sur le jour déclinant

La terre est jonchée d’herbe
Les troncs gainés d’une écorce en lambeaux
Ce champignon, énorme et blanc, au pied de l’arbre
Le sous-bois tapissé de feuilles rousses et craquantes

Le cuir marron d’un fauteuil club
La peinture neuve aux tons pastel d’une chaise en bois
La nappe de toile cirée sur la table en aggloméré
Les carrelages de faïence bleue sur le mur de la douche

Le tissu léger d’une robe entrouverte
Le latex luisant sur une verge turgescente
La bretelle de soie noire tombant de l’épaule
Les genoux souillés de terre et de lichen

Le film en plastique sur la vitre d’un magasin
Le caoutchouc noir serrant les fibres d’un câble électrique
La peinture rouge et claquante d’un siège coque
L’acier inoxydable et doux des guichets automatiques

Le diamant heurte le sillon d’un disque vinyle
Les traces de doigts sur le verre de vodka-lemon
Les traces de doigts sur le zinc du comptoir
Les empreintes de pas sur le lino gris et poisseux

Le cliquetis des talons sur le trottoir rugueux
Sa main rougie par le froid sur ton avant-bras
Une joue barbue de noir frottant une autre lisse
Les doigts allongés et fins replaçant quelques mèches

Ton sang sur ma verge turgescente
Mes mains sur les aréoles de tes seins
Mon corps sur le tien le tien sur le mien
Le drap de coton vert humide et assombri

Une serviette éponge étalée sur le radiateur
La poussière semée sur le dessus de la commode
Le linge étendu sur le fil tendu au plafond de la cuisine
Les moutons traînant sur la moquette

Le cheddar fondant sur un steak
Le steak dégoulinant de graisse sur une rondelle de tomate
La rondelle de tomate imprégnant de son jus, de sa graisse, un petit pain circulaire
Ses quelques miettes fondant sur ma langue imbibée de graisse

On pourrait continuer longtemps comme ça
Mais on va s’arrêter là
A la douzième strophe, ça fait un compte rond
Le minimum en poésie

Les parpaings hérissés de crépi blanc
Le bitume strié de bandes jaunes
Les voûtes souterraines carrelées d’orange
Les palissades noircies de mots et de tags

Sylvain Bonnafoux, octobre 2007