Anti-slam
De San.
Anti-slam
Je ne suis pas très slam
Et encor’ moins slammeur
Je ne suis pas très glam
Comme les autres rameurs
Je délaisse et la frime
Et les tunnels de rime
Les syllabes comptées
Escomptées, recomptées
Que l’on donne à sa voix
Pour imiter le pas
D’un danseur ou d’un barde
Je veux telle une harde
Aboyer tout mon soul
Epuiser tout mon fuel
Je ne suis pas puceau :
Je n’veux pas en tremblant
Me mettre sur le dos
Je n’veux pas bafouillant
Monter sur les tréteaux
Je n’veux, je ne veux pas
Me soumettre à l’entente
D’un public en attente
Des plus dignes émois
Je n’veux pas comme un’ pute
Evoquer Lilliput
La douceur du foyer
Et son sein dévoyé
Je n’veux pas comme gage
Vous narrer le courage
Edifiant d’une mère
Rongée par le cancer
Je pourrais évoquer
Les mains tav’lées, ridées
De la vieille et ses yeux
Ses yeux gris et chassieux
Je pourrais évoquer
Ses mains plissées, tachetées
Posées sur le drap blanc
Brodé des initiales
D’un petit hôpital
Je pourrais évoquer
Son visage navrant
Posé sur l’oreiller
Dévoré par le temps
Les soucis, le loyer
Les caprices d’un enfant
Son boulot sous-payé
Et puis, son divorce ?
Me vanter de sa force ?
Je peux en rajouter
Fair’ comme à la télé
Fair’ dans le détail vrai
Zoomant le moindre trait
Filmant la petite larme
Pour fair’ baisser les armes
Je ne suis pas pompier
Je n’ai pas l’intention
Inconscient d’incendier
La salle au son brouillon
De mes déclarations
Je n’suis pas si couillon
Pour mimer le rebelle
Et comme à la truelle
Tartiner tous mes vers
De chaux vive et de sang
Si je me veux envers
Et contre tout, je dois
Eclater le carcan
Du slam et de ses lois
Je pourrais évoquer
Comme un bon gros pompier
Les poings tendus, serrés
D’un gamin du quartier
Je peux, pour le décrire
En passer par le pire
Le peindre en maghrébin
Affublé d’un surin
Et des pieds à la tête
L’habiller de Cardin
Je peux pour insister
Le chausser de baskets
Le coiffer d’un’ casquette
Et citer tout’ les marques
Depuis les chaussett’ Nike
Jusqu’au blouson Reeboke
Tout l’mond’ s’y retrouv’ra
Tout l’mond’ reconnaîtra
La panoplie du jeune
Et le drame à venir
Ces nouvelles à vomir
Qu’on nous sert à la chaîne
Qu’est-ce que j’en fais ? Dealer
De shit ou resquilleur ?
L’essentiel est qu’il meurt
De la main d’un vigile
Pour tirer de la ville
Un effet poétique
Je peux sur le béton
Allonger tout son fric
Je peux sur ce chaton
Aux vêtements trempés
De sang fair’ miroiter
Les lumières du parking
Et celles des buildings
Des tours de son quartier
Je peux fair’ s’envoler
Emportés par le vent
Les billets que les gens
Croient l’avoir vu voler
Car j’ai tous les pouvoirs
Dont celui d’émouvoir
Par le dire et le voir
Ou plutôt le fair’voir
Et pas le fair’ valoir
Quoique… soyons modestes
Saurais-je parler du reste
Sans tout repeindre en noir ?
Tout cela reste à voir…
Et blablabla, et bla
-blabla, et blablabla.
Sylvain Bonnafoux - août-septembre 2008
