La roue d'une éolienne qui grince, une mouche qui s'acharne sur un visage mal rasé, une goutte d'eau qui tombe régulièrement sur un chapeau, un air lancinant d'harmonica
Un plan d'ouverture magistral pour ce qui reste LE western-spaghetti par excellence. Mais au-delà de l'ironie sous-jacente à cette entreprise de démythification, "Il était une fois dans l'Ouest" demeure avant tout un véritable hommage, la dette d'un réalisateur envers un pays, une époque et un genre qui ont nourri son imaginaire – pour reprendre ses propos, "une tentative pour reconstruire l'Amérique de cette époque, pour la regarder vivre dans ses derniers moments
" Ambition titanesque qui s'affiche dans son titre et que le réalisateur italien – autrefois baptisé Bob Robertson
– réussit haut la main. Par l'ampleur de sa mise en scène, la richesse de son scénario – coécrit avec Bernardo Bertolucci et Dario Argento, excusez du peu –, la méticulosité de sa reconstitution, l'art de Leone est à son apogée. Premier acte baroque et artificiel, truculent et emphatique, de sa trilogie de l'Amérique, son univers chargé de symboles – la putain au grand cur, le tueur aux yeux d'acier, le vengeur implacable, le bandit picaresque, l'industriel capitaliste véreux – n'aurait acquis cette dimension mythique sans la musique d'Ennio Morricone. Composée avant même le tournage, elle nappe l'ensemble d'une charge opératique, funèbre et tragique, dans laquelle chacun des personnages dispose d'un thème musical bien identifié. Enfin, inutile de rappeler le regard bleu comme l'enfer d'Henry Fonda (dans le rôle le plus sombre qu'il ait jamais eu à jouer), la garde-robe de Claudia Cardinale, l'harmonica de Charles Bronson, ou la barbe mal taillée de Jason Robards : ils appartiennent à la légende du cinéma, que Leone s'est chargé de graver sur de la pellicule dans nos mémoires de spectateur. --"Sylvain Lefort"

