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Hannibal
 
Nous sommes dx27;accord : réaliser une suite au «Silence des Agneaux» constitue un sacré challenge. Mais laissez de côté votre scepticisme naturel. Si lx27;Industrie du cinéma a bien retenu votre enthousiasme premier, cela ne sous-entend pas qux27;elle ait réalisé une suite dans une démarche purement commerciale. Et on devine sans mal que Ridley Scott se sentait attendu au tournant. Avouons dx27;ors et déjà que « Hannibal » est la suite logique des aventures du couple atypique Starling - Lecter. Et puis pour tout vous dire, Universal Pictures, la Metro Goldwyn Mayer, associés au couple de Laurentis à la production du film, a de quoi rassurer les récalcitrants sur les moyens mis sur la table afin de réaliser une digne suite à votre mythique film.
Rentrons dans le vif du sujet. « Hannibal » nx27;a pas grand chose à voir avec « Le Silence des Agneaux ». Le premier volet était un thriller, où nous suivions pas à pas lx27;enquête dx27;une jeune agent du FBI nouvellement promue qui, aidée dx27;un psychopathe anthropophage, tentait de mettre fin aux agissements dx27;un serial killer sexuellement désaxé. Le deuxième numéro tient plus du roman dx27;amour psychologique ou comment un agent du FBI, maintenant aguerrie, cherche à percer les rouages mentaux dx27;un homme cannibale qux27;il la fascine, qui ne cesse de la hanter et qui la domine.
Plus simplement, nous pourrions parler dx27;un nouvel exemple, très original, dx27;amour impossible - sans vouloir trop simplifier la trame... Dans un premier temps, cx27;est la rencontre - autour dx27;une course contre la montre - de deux personnages que tout oppose ; dans un second temps, posons-nous la question de savoir ce que peut devenir la confrontation quasi-passionnelle de ces deux êtres qui sx27;admirent en secret, et qui ne cessent de se chercher. Clarice Starling était lx27;élément moteur du « Silence des Agneaux » (pour cause, cx27; était lx27;histoire dx27;un flic qui menait son enquête) ; rentrons maintenant dans lx27;univers obscur de lx27;opposé, celui du docteur Lecter. Le recentrage de lx27;action du film autour du Cannibale est lx27;occasion pour Ridley Scott de dévoiler les rapports ambigus qui peuvent se tisser entre un meurtrier et le policier qui le traque. Cette thématique nx27;est certes pas originale, mais le traitement Starling - Lecter est de toute fraîcheur.
A la toute fin du « Silence des Agneaux », on apercevait le docteur Lecter lâché dans la nature, maintenant libre de laisser agir ses instincts bestiaux et cruels. Auparavant, les occasions étaient rares de percer la nature profonde du personnage. Cx27;est maintenant chose faite avec cette nouvelle aventure présentée par Scott sur une libre adaptation du roman de Thomas Harris (la fin du film diffère de celle du livre)... On retrouve donc naturellement le docteur Lecter sous les traits dx27;un professeur dx27;art, installé à Florence, Italie : dix ans plus tard, presque jour pour jour, nouvelle identité, nouvelle vie dx27;Hannibal pourchassé là, non plus par la police fédérale mais par un homme richissime, Mason Verger (Mason le tendancieux, ancien patient du Docteur, dévisagé au cours dx27;une soirée qui sx27;annonçait lubrique par lx27;irrésistible pouvoir de domination dx27;Hannibal). Car si la suggestion était le fil conducteur du « Silence des Agneaux », Ridley Scott donne dans le parti pris de tout montrer : lx27;humanité cachée dx27;un criminel comme les crimes inhumains qux27;il commet. Lx27;accent est mis sur une atmosphère noire et pesante, lumière pâle tout au long du film. Le réalisateur a retranscrit lx27;ambivalence dx27;Hannibal le Cannibale : entre flamboiements issus de la Renaissance, riches décors, grands espaces et horreurs véritables, chairs tranchées, visages sectionnés et agissements démoniaques. Lecter fascine : un homme qux27;on haït pour sa cruauté mais qux27;on admire pour son intelligence froide, sa gestuelle délicate, sa grande culture et son humour glacial. « Hannibal » déboussole, il déboussolera Clarice Starling jusqux27;à la fin du film (passées les quelques minutes du début, vous trouverez Julianne More aussi convaincante que Jodie Foster).
Votre surprise ne sera sans doute pas égale au traumatisme subi lors de la sortie en salle du « Silence des Agneaux » - on ne peut pas toujours tout réinventé. Mais à défaut de se plaindre, « Hannibal » est du même souffle que le premier numéro de cette trilogie maintenant annoncée (voir notre interview). Et sx27;il est facile de reprocher le manque de suspens de ce deuxième volet, soulignons la subtilité qui le caractérise pour une lecture cinématographique à plusieurs échelons. Le Bien - le Mal, lx27;Amour - la Haine, le Noir - le Blanc, « Hannibal » réussira à vous contrarier soyez-en sûr, et les visions dx27;horreurs du film vous poursuivront jusque dans votre lit… Comme on dit souvent : « Âmes sensibles sx27;abstenir."
Reynald Dal Barco

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Réalisateur: Ridley Scott
Scénariste: Thomas Harris, David Mamet
Date de sortie en salle: 2001
Classement: R
Studio: Universal Pictures
Genre: Action, Aventure, Policier et Thriller
Durée: 131
IMDb: 0212985