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2046
 
2046 de Wong Kar Wai
musique Shigeru Umebayashi
Entre les deux personnages l'écrivain (joué par l'excellent Tony Leung Chiu Wai) et Bai Ling (interprété magistralement par Zhang Ziyi), anciens voisins-amis-amants-complices de beuverie, tels des chiens perdus sans collier, un dialogue murmuré s'installe sur le seuil d'une porte :
Bai Ling :
-Pourquoi ça ne peut plus être comme avant ?
Ne pars pas.
Reste avec moi, cette nuit.
Sers-moi de passe-temps.
L'homme journaliste écrivain, récitant et ancienne passion de la femme :
-Tu te souviens ?
Un jour, tu m'as demandé, s'il y avait quelque chose que je ne louerais pas.
J'y ai beaucoup pensé, et à présent, je sais, qu'il y a quelque chose que je ne louerai jamais à personne.
Leurs mains s'étreignent, s'écorchent à bout de doigts mélangés et lentement se séparent. Il tourne le dos, les talons de ses chaussures résonnent sur le plancher, dans l'escalier.
Plan de face sur la femme, défaite, décomposée, tout espoir de suite anéantis.
Il ne se retourna pas.
Image soutenue par une musique lancinante à la fois rythmée par une saccade de violoncelles, embellis par les violons larmoyants.
Récitant :
-C'était comme s'il avait embarqué pour un train, à travers la nuit insondable
Reprise du récitant :
-Chaque passager à destination de 2046 a le même but. Il veut retrouver des souvenirs perdus.

Personne ne peut dire ce qui se passe vraiment en 2046, puisque personne n'en est jamais revenu, personne sauf, lui, le récitant.
La boucle est bouclée, l'histoire continue sa route pour un autre infini, espace temps comme trou noir au revers de nos mémoires sur imprimées.

Quatre années furent nécessaires pour accoucher de ce chef d'aeuvre. Pensées confuses imaginées par un réalisateur tenace, minutieux dans les plans séquences orchestrés avec une maîtrise totale des décors, costumes et éclairages en teintes douces, aux chauds reflets sombres, soulignés par un tissu de velours feutrant les scènes d'intérieur.

Rendre au cinéma, les couleurs des sentiments est le défit permanent de Wong Kar Wai.
Lier le travail de l'écrivain à la recherche d'une histoire inventée, juste le temps de le dire et déjà, les facéties de son passé remontent à la surface de sa mémoire pour façonner peu à peu une aventure-fiction avec des goûts de nostalgie plein la tête. Les promesses ne sont jamais paroles en l'air.
Travail esthétique, peinture cinématographique, travail sur la beauté des sentiments, même faillibles ils demeurent intenses. L'acte d'amour est révélé à travers les gestes, comme cet ourlet de la robe doucement rabattu par ce consommateur de femmes d'un jour, recherchant sans cesse en chacune d'elle les traits de sa seule vraie passion nommée Su Li Zhen.
Parce que la délicatesse de l'ambiance m'envahit, quelle importance si je ne c
omprends pas tout de l'histoire. Tombé sous le charme des androïdes, je suis béat devant le travail de photo exécuté dans le fameux train du non retour.
Et la Callas est semi-présente, lorsque l'aria préférée du bel canto (la Casta Diva de Bellini) entonnée par Angela Gheorghiu (http://www.angelagheorghiu.com/) nous trouble les oreilles dans les graves comme dans la puissance profonde de cette soprano divine.
Je ne vous conseille pas ce film si vous recherchez à comprendre le quoi du comment, si vous voulez le comparer aux autres aeuvres déjà réalisées par Wong Kar Wai. Entrez dedans par le train qui vous conduit, seul(e), juste pour un moment de plaisir.

show...
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Réalisateur: Wong Kar-Wai
Scénariste: Kar Wai Wong
Date de sortie en salle: 2004
Classement: R
Studio: TF1 Vidéo
Genre: Fantastique, Horreur et Science-fiction
Durée: 129
IMDb: 0212712